le vent du pôle souffle et fait la bise au pèlerin solitaire, sur cette route du grand nord peu fréquentée qu'encore il doit parcourir
sur bien des lieues avant de trouver le repos.
La neige recouvre la plaine d'un linceul glacé, fatiguant le regard du voyageur opiniâtre et égarant jusqu'au corbeaux faméliques qui survolent ce paysage désert et désolé.
Il y a de cela 2 semaines qu'il n'a rencontré âme qui vive, traçant sa route en silence au milieu des congères et des vestiges de temps oubliés, sombre tombeaux ou temples païens.
La cape de feutre élimé qui recouvre son maigre baluchon se fond presque complètement dans le gris du sentier caillouteux qui cahote le long d'un vallon tantôt escarpé tantôt doucement arrondi.
Ses bottes s'enfoncent difficilement dans le mélanges crasseux de boue gelée et de neige fondue qui recouvre la rocaille du chemin de montagne, sa badine, à l'occasion, fait office de canne.
Hormis les sifflement de forge de l'Aquilon impétueux, aucun bruit ne trouble les journées du voyageur, si ce n'est le roulis guttural de quelque cascade cachée, ou l'éclat d'un éboulis
terreux.
Les terriers des prédateurs comme des proies, abandonnés de longue date, lui servent d'abri de fortune et remplacent les froides cavernes, tristes conforts de feuilles sèches au milieu de nulle
part...
Le royaume des glaces étend son empire sur la terre, sur le moindre ruisseaux et jusqu'au nuages qui délivrent leur grêle et leurs brumes sans discontinuer, tandis qu'il glisse en avant.
Seul le frottis de son briquet de silex interrompt une fois par jour le cycle du gel, libérant l'étincelle d'espoir et de chaleur nécessaire à la lente progression du prêtre banni par ses
pairs.
Ce carburant précieux, flamme rouge aux tréfonds des cavernes, flammèche vacillante sur les plateaux battus par la pluie acérée, réchauffe ses doigts gourds, ranime ses membres lourds.
Le feu réveille ses yeux sourds, plissés qu'ils sont sous l'affront de la lumière de mars, réfractée par les cimes, par les nuées immaculées et hostiles, montagnes menaçantes au manteau
nébuleux.
Un foyer, trois pierres rougies et noircies, quelques grains de riz et la neige fondue, c'est à cela que se résumait sa pause prandiale, son havre au milieu du jour et de l'effort.
Une poignée de fruits secs et les restes de quelque animal congelé venaient parfois étayer son menu, à la nuit tombée, quand l'éclat du tueur d'Icare s'effaçait pour laisser place à une pâle lune
rousse.
Il n'était pas attendu, il n'était pas désiré, pas plus qu'il n'avait été chassé du cloître de Brann Bergen ; en silence il avait pris acte de l'affront, accusé le coup et enfilé sa pèlerine.
Nul n'aurait pu le retenir, ni obtenir de lui un son, qui se mettrait en travers du chemin d'un exilé ? Vers quel port d'attache renvoyer un orphelin ?
Sa yo di ?