Il n'y a rien de plus beau
qu'une femme vue de dos.
Une apparition hypothétique
aiguille l'oeil comme un amant.
Celui du passant en goguette
à travers rues.
Son abse,ce, son ignorance de
cette discrète observation
par devers,
donne à l'étude des airs
de voyeurisme coupable.
Sous cet aiguillon pervers
et grâce à cette liberté,
tant pour lui que pour elle;
naturelle et pure de toute
altération aux visées
séductrices ou méprisantes
vis à vis de son admirateur.
Instant capturé, observation
in situ, sans perturbation
du milieu.
L'espèce observée est inconnue,
fascinante et altière.
Un nimbe de cheveux bouclés
s'échappe de son bonnet
de laine écrue aux mailles épaisses.
Deux longes se déroulent
dans le prolongement des oreillettes
du couvre chef, filant le long
des épaules avec leur suite
de mèches rebelles, indisciplinées.
Ce ruissellement compose
une aura à des épaules fines,
enveloppées dans un manteau
blanc cassé, à la mode.
De dos, seules la ligne
interrogativement arquée d'un sourcil
et la courbe veloutée d'une joue
s'offrent aux regards.
Hormis ces fugitives perspectives
ne sont dévoilées qu'une ligne de hanches,
une taille resserrée par la ceinture
du manteau et, jaillissant comme
le lapin d'un magicien de la bande
étroite d'une courte jupe plissée,
d'interminables jambes potelées,
délicatement fuselées dans un collant ambré
et enfouies dans des bottes de daim.
Le creux du genou de la jambe croisée
vaut à l'ingénue un sillage de mines
rêveuses et les regards courroucés
des vieilles en bas de contention qui vont
devoir augmenter la rasade de calmants
de leurs époux à qui cette vision a dispensé
l'illusion et la fragance oubliées de leurs 20 ans.
Las ! Le dos est droit, la fille muette,
insensible aux mouches à miel
empêtrées dans les rêts de ses collants.
silencieuse, amusée, concentrée,
la demoiselle se livre à un amant de papier
et tourne les pages de son roman.
Sa yo di ?