L'avenue défilait sous mes pas fuyants. Une course perdue d'avance. Je venais de me faire plaquer par un fantasme. Je me sentais comme un fan Guillaume Musso qui aurait vu un clip de Marylin
Manson. La fin d'un monde quoi.
Il y avait plus d'espace au creux de ma poitrine qu'entre les dents de Yannick Noah.
Evidemment je n'avais rien vu venir.
Volontaire et affamé en début de soirée, comme un poux qui sort d'un service de cancérologie je distribuais des sourires carnassiers et des haussements de sourcil ténébreux avec la prodigalité
d'un nouveau riche.
Si les incrédules sont ennuyeux, moi je dois être passionnant. Dommage que chaque fois que je m'exprime honnêtement je me sente comme une carie qui vient d'annoncer à ses parents que son petit
ami est dentiste. Les moments de solitude forgent le caractère ; à ma façon je suis donc passionné de ferronnerie.
Je garde son dernier regard gravé dans mon crâne, de la même façon qu'un taulard peut difficilement oublier l'image de la porte blindée verrouillée, comme si elle était gravée derrière ses
paupières.
Je martelais donc le pavé de mes semelles cloutées, l'humeur plombée et le regard lourd. J'avais la bouche aussi sèche que mes yeux étaient humides. Mauvaise répartition des fluides.
Les réverbères se succèdent, révélant des façades animées. Je progresse rapidement : quelques kilos d'illusions en moins et tout de suite votre foulée s'allonge.
On est jeudi : les étudiants divaguent, en quête de videurs myopes, ne remarquant ni l'acné ni les dernières dents de lait. Ils s'agitent en grappes hilares, grassement bruyantes, assez mûrs pour
sécréter leurs sucs mais trop verts pour exprimer autre chose que des lieux communs.
Après 450 mètres et 53 passants portant une écharpe Burberry je m'engouffrai dans un pub, peu soucieux du déterminisme éthylique. Juste soucieux tout court.
Un avatar de Pascal Obispo auquel on aurait greffé les cheveux de Florent Pagny faisait des blagues à la Bigard à un public aussi critique que la rédaction de Direct Soir. Les reprises de Kyo
avaient un franc succès et je pensait de plus en plus à tuer le plus de monde possible avec les 2 cure dents à ma disposition, avant de me faire abattre par l'antigang.En fait c'était une
thérapie par le pire. Au moment du limbo, je me suis senti revivre.
L'esprit aussi clair que ma pinte de guiness, le verbe haut comme un président sur talonnettes, j'entrepris de regagner mon T2 en évitant les chutes d'ivrognes.
Sa yo di ?